Ces 7 mutations qui redessinent l’entreprise…

Travail collaboratif

Ces 7 mutations qui redessinent l’entreprise…

C’est une tendance lourde du XXI e siècle : pour prospérer l’entreprise doit travailler « avec » et non plus « sans » ou « contre ». Une évolution rendue possible par les technologies de l’information.

Tous ensemble… » Ce slogan de la grève des cheminots en 1995 est devenu le mantra de l’économie d’aujourd’hui. Bien sûr, la guerre continue. Des start-up taillent des croupières à des firmes centenaires, des salariés perdent leur emploi, des fonctionnaires considèrent toujours le secteur privé comme un ennemi. Mais un signe ne trompe pas : le vocabulaire, avec la place croissante qu’y tient le mot « avec », non sous sa forme actuelle mais dans sa version latine « co ». Coentreprise, coproduction, covoiturage… « Réunion, adjonction, simultanéité », indique le dictionnaire. Au-delà des modes de management et du rôle déjà ancien joué par ce préfixe dans la formation de mots essentiels (« commun » qui indique le partage de la chose publique et engendrera « communisme », « concurrence » qui veut dire « courir ensemble »), ce formidable essor traduit un bouleversement économique.

Au XXe siècle, l’entreprise rêvait d’autarcie. Produire tout seul puis imposer au client. Beaucoup de patrons voyaient « Rouge » comme un idéal. L’immense site de Ford basé à Dearborn, dans le Michigan, fut le plus grand centre industriel au monde de l’entre-deux-guerres. Le constructeur automobile possédait des mines de charbon dans le Kentucky pour produire son énergie, des plantations d’hévéas au Brésil pour les pneus, des navires et une compagnie ferroviaire pour transporter ses matériaux, des forêts pour fournir le bois nécessaire pour l’habitacle des voitures. A Rouge même, Henry Ford avait implanté autour de l’usine d’assemblage une aciérie, une centrale électrique, une fonderie, un hôpital et une caserne de pompiers qui s’occupaient de la lingerie quand ils n’éteignaient pas des incendies. Pour lui, cette intégration verticale était « une assurance contre la non-offre ». Il fallait se protéger des ruptures d’approvisionnement, des fournisseurs négligents, des pouvoirs publics fichus de décréter que l’industrie automobile n’était pas prioritaire en cas de pénurie d’électricité. Et selon sa célèbre formule, son client pouvait « avoir une voiture de la couleur de son choix pourvu que ce soit le noir ».

Cobot

Le robot devait remplacer l’homme, le chasser de l’Eden productif. Peur ancestrale, que l’on retrouve aussi bien chez la reine Elisabeth Ier (1533-1603) que dans les prédictions récentes de la disparition d’un emploi sur deux. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Dans les usines les plus modernes, il y a beaucoup de machines qui travaillent toutes seules… mais il y en a aussi de plus en plus qui travaillent avec les ouvriers. L’idée du « cobot » est née d’un programme de recherche lancé par le constructeur automobile GM en 1995. Le mot a été forgé l’année suivante par un étudiant de l’université de Northwestern et défini par trois professeurs du département d’ingénierie mécanique de la même université comme « un appareil robotique qui manipule des objets en collaboration avec un opérateur humain ». Dans l’usine, le cobot donne à la fois plus de force et plus de précision à l’ouvrier. Il lui permet aussi de travailler en milieu hostile (chaleur élevée, liquide corrosif…). Et il n’est pas dangereux pour lui, contrairement à d’autres machines. Le binôme que forme l’opérateur avec le cobot donne le meilleur des deux mondes. « Avec » et non plus « ou ». Jusqu’au jour où, peut-être, les machines apprenantes parviendront à tout concilier toutes seules.

Coopétition

Au contact du client, les entreprises sont en compétition. Mais en amont, elles peuvent travailler ensemble – non pas pour fixer les prix, mais pour développer un nouveau procédé, bâtir une plate-forme, établir une norme, concevoir un logiciel libre. Quitte à se livrer ensuite une bataille féroce à armes égales. C’est la « coopétition ». Le terme a été repéré pour la première fois dans un livre en 1913. Le principe relève de la théorie des jeux, développée après-guerre. Son application a été l’une des clefs du succès de l’électronique japonaise dans les années 1980, sous la houlette du mythique Miti (ministère du Commerce et de l’Industrie). En 1996, deux professeurs de management, Adam Brandenburger, de la Harvard Business School, et Barry Nalebuff, de l’université de Yale, ont publié un livre devenu best-seller, « Coopétition : un état d’esprit révolutionnaire, qui combine compétition et coopération ». La pratique s’est largement diffusée. Dans l’automobile, le français PSA a partagé avec Toyota les coûts de développement de nombreux composants de développement de sa Peugeot 107, sa Citroën C1 et la Toyota Aygo. Dans la finance, Amundi, leader européen de la gestion d’actifs, est né du rapprochement des filiales spécialisées du Crédit Agricole et de la Société Générale, etc.

Coconstruction

Nous ne sommes pas ici dans le bâtiment, mais plutôt dans l’action publique ou sociale. Une action longtemps menée d’en haut, dans une approche « top down », mais de plus en plus souvent construite avec ceux qu’elle vise, en « bottom up ». Le « Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation » en résume l’esprit : « Ceux qui figurent d’ordinaire parmi les destinataires d’actions engagées par des autorités compétentes se trouvent réinvestis de la capacité d’intervenir sur la définition de ces actions au même titre que ces autorités. » C’est la reconnaissance d’une évidence. L’éducation ne peut pas se limiter à l’action d’un professeur sur un élève. Elle dépend de la relation qui s’établit entre l’enseigné (et ses parents) et l’enseignant. Il en va de même dans la relation entre un psychologue et son patient, entre un chômeur et son interlocuteur chez Pôle emploi. C’est aussi la reconnaissance d’un monde qui change, où une municipalité ne peut par exemple plus imposer un projet de rénovation urbaine aux habitants. Elle doit de plus en plus les associer à la définition des outils, voire des objectifs. La frontière entre producteurs et consommateurs ou utilisateurs s’estompe.

Co-working

Pas question de travailler seul… même quand on travaille tout seul. L’indépendant d’autrefois, commerçant ou artisan, était inséré dans un réseau de relations et des clients passaient à son échoppe. L’indépendant d’aujourd’hui peut passer des journées sans croiser âme qui vive après avoir pris ses commandes via son smartphone. Humainement insupportable et professionnellement nuisible. Voilà pourquoi ont commencé à émerger, il y a une décennie, des espaces de co-working (le terme « cotravail », publié au « Journal officiel » en août dernier, n’a pas vraiment percé). Dans la lignée des ateliers d’artistes du XIXe siècle, on y partage un lieu, des ressources, pour quelques heures, quelques journées ou des années. On y apporte ses idées, ses réseaux, ses projets. Tout se passe ici (en principe du moins) d’égal à égal. Pas de hiérarchie, pas d’horaires, juste des règles élémentaires de savoir-vivre et un esprit en phase avec la fameuse organisation en mode projet. Les professionnels de l’immobilier s’y mettent et surveillent de près de nouveaux concurrents. Comme l’américain Wework, fondé en 2010, qui a levé 400 millions de dollars l’été dernier et propose à ses 30.000 membres non seulement des locaux mais aussi une assurance santé, des ateliers de réflexion et une université d’été.

Collaborative (économie)

Travailler ou labourer ensemble : c’est l’étymologie du mot « collaboration » et le coeur de la révolution en cours. Loin, très loin de l’attitude des Français souhaitée par l’occupant allemand pendant la Seconde Guerre mondiale ou de la qualification méprisante de « collaborateur » accolée par un président à son Premier ministre François Fillon ! Dans son sens le plus large, l’économie collaborative (« sharing economy » en anglais, économie du partage) est une construction permanente où chacun apporte sa pierre, petite ou grande, payante ou gratuite. Covoiture, co-working, crowdfunding… il n’y a plus d’individus passifs. Les technologies de l’information jouent un rôle essentiel, car elles permettent d’organiser la rencontre entre offre et demande à un niveau infiniment plus fin que les organisations classiques. En employant les ressources des mégadonnées, de puissantes plates-formes émergent et tentent de prélever les marges des entreprises en les transformant en sous-traitants. Ici se cache le paradoxe de l’économie collaborative : c’est une alternative au marché (et beaucoup de militants de l’économie du partage font de cette alternative leur étendard), mais aussi « l’extension du domaine du marché » dans des interstices où il ne parvenait pas autrefois à pénétrer.

Codétermination (ou cogestion)

L’information circule de plus en plus dans l’entreprise, avec des hiérarchies raccourcies et des courts-circuits multipliés sous la forme de réseaux sociaux. Cette fluidité est précieuse, à la fois pour rendre l’entreprise plus agile et impliquer davantage les salariés. Cela ne suffit pas. Pour aller plus loin, faut-il partager non seulement l’information mais aussi le pouvoir ? Les entreprises allemandes ont organisé ce partage de manière formelle avec la codétermination, mise en place depuis un siècle. « Le but est de remettre les salariés au coeur des processus de décision dans l’entreprise », expliquent le chef d’entreprise Jean-Louis Beffa et l’avocat Christophe Clerc. La loi de 2013 sur la sécurisation de l’emploi impose aux entreprises employant plus de 5.000 salariés en France (ou plus de 10.000 dans le monde) d’avoir un ou deux administrateurs salariés dans le conseil d’administration, avec droit de vote. Au Royaume-Uni, la Première ministre Theresa May avait proposé une mesure similaire à son arrivée au 10 Downing Street. Même si elle l’a ensuite retirée, la question du partage du pouvoir est un enjeu essentiel de l’avenir des entreprises.

Coopérative

Le mot fleure bon les utopies du XIXe siècle ou de la franc-maçonnerie. Et pourtant… Le mot, d’abord, décrit bien ce qui se joue aujourd’hui. Coopérer, c’est oeuvrer ensemble (sans la notion de peine, présente dans le mot « collaboration »). Le concept, ensuite, implique un partage plus grand que la cogestion : il porte non plus seulement sur l’information et le pouvoir, mais aussi sur le capital. Les anciennes coopératives ont souvent débouché sur des gouvernances touffues, voire inefficaces. Mais pour vraiment travailler « tous ensemble », leur idée de partage radical a un bel avenir.

 

Les points à retenir

  • Au XXe siècle, l’entreprise rêvait d’autarcie. C’est l’inverse au XXIe siècle : ouverte sur l’extérieur, elle multiplie les partenaires.
  • Côté production, le robot a connu une évolution inattendue avec le cobot, qui collabore avec l’homme.
  • Désormais l’entraide précède la compétition, toujours de mise vis-à-vis du client, c’est la coopétition.
  • Du producteur au consommateur ou utilisateur, les frontières s’estompent avec la coconstruction.
  • Pour ne plus travailler seul… même quand on travaille seul, rien de tel que le co-working.
  • Offre et demande se rencontrent sur de puissantes plates-formes : l’économie collaborative est née.
  • Rendre l’organisation plus agile avec la cogestion : la question du partage du pouvoir se pose à l’entreprise. Voire du partage du capital pour faire du neuf avec le concept ancien de coopérative.
Source Les Echos Par Jean-Marc Vittori
Publié le 08/12/16


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